[Edito] MOTO2 219 – Le coût de la sécurité et les non-dits…
juin 27, 2008 5:41 EditoVIGILANCE ZERO
Pour vous donner un avant goût de ce que sera notre numéro 219 à paraître le mardi 1er juillet, voici l’édito. De quoi méditer, s’interroger, et partir du bon pied. Bonne lecture (de MOTO2 il s’entend) et restez connectés, le Blog ne prend pas de vacances…
« L’accident au passage à niveau d’Allinge en Haute-Savoie a coûté la vie à 7 collégiens. Pour une fois, ce n’est pas la vitesse excessive qui a été incriminée mais la lenteur, le car restant bloqué au-dessus des rails. Les passages à niveau, on en dénombre environ 20 000 en France, dont 340 reconnus “préoccupants”. Traduit en langage non technocrate ça veut dire dangereux. C’est vrai qu’on a tous croisé au moins une fois dans notre vie de motard un de ces passages à niveau “préoccupants” : comme ceux que la route
croise de biais et qui, par temps de pluie, deviennent de véritables patinoires. L’instant précis où il faut couper les rails occasionne une sorte de pincement au cœur… on a aussi ceux qui forment tremplin et vous font décoller des deux roues à 60 à l’heure, genre Ballaugh Bridge au TT. Bref, le passage à niveau est un moment préoccupant, comme dirait notre pote du ministère. S’ils sont reconnus dangereux pour la sécurité, pourquoi ne pas les aménager, voire les remplacer par un pont ou un souterrain ? A cause des sous. La suppression d’un passage à niveau est évaluée entre 3 et 6 millions d’euros. Mais c’est surtout, selon les déclarations du secrétaire d’Etat aux transports Dominique Bussereau, entre 3 et 6 ans d’enquête publique. C’est là-dessus qu’il faut travailler, a insisté le secrétaire d’Etat. Le problème, c’est qu’à l’inverse d’un radar automatique, l’aménagement d’un passage à niveau, ça économise peut-être la mort de quelques collégiens, mais ça ne rapporte pas d’argent frais. Un radar, ça coûte environ 100 000 euros pièce, mais une fois en place c’est le jackpot. A moins d’imaginer des péages au passage sous ou sur les voies ferrées, la suppression des passages à niveau est d’une rentabilité totalement virtuelle. Outre la dangerosité dramatiquement remise à l’ordre du jour des passages à niveau, les responsables qui veillent sur notre sérénité routière ont découvert une autre cause possible d’accident : la somnolence !
Mince, on croyait qu’il n’y avait que la vitesse, et accessoirement l’abus d’alcool ! Eh bien non. Si vous roupillez au volant au lieu de surveiller les radars, vous vous mettez en danger. Quelle que soit votre vitesse ! C’est marrant, mais nous qui roulons quotidiennement à moto, on s’était aperçu du phénomène avant le ministre. Même qu’aujourd’hui, les manœuvres dangereuses à l’encontre des motos sont dix fois plus souvent la conséquence d’un manque d’attention de l’automobiliste que le fait de son agressivité envers les deux-roues. Mais à force de pointer du doigt le plaisir de conduire, de contraindre l’automobile à devenir le wagonnet individuel d’un convoi routier où tout le monde roule à la même vitesse, l’occupant d’une auto se sent davantage passager que conducteur, même s’il est au volant. Se sentant inutile, il a l’impression de perdre son temps et a tendance à détacher son attention de la route. Par la pensée ou, de plus en plus fréquemment, en utilisant un des innombrables moyens que la technique moderne nous propose pour s’évader du réel : manipulation du GPS, qui vous projette ailleurs, du lecteur MP3 qui offre de choisir à tout moment le morceau de musique qui vous ferait plaisir, le téléphone et ses SMS, la lecture de ses derniers mails. D’ici peu ce sera l’accès à internet, sans parler du visionnage sur une mini télé de sa collection de DVD ou du match de foot OM-PSG.
En l’absence de toute enquête, aucune statistique n’a jusqu’à présent permis d’établir l’influence de ces facteurs perturbants dans la survenance d’accident. En France. Mais une étude américaine les fait intervenir dans 80 % des accidents comme cause directe ou secondaire… Et nous, motards, ne sommes pas à l’abri de ce type de dérive. Le GPS, les liaisons Bluetooth qui permettent de discuter avec son passager ou avec d’autres motos du groupe, la généralisation des ordinateurs de bord aux manipulations peu ergonomiques, constituent des menaces pour l’attention portée à la route. Et même si la conduite d’une moto reste plus absorbante que celle d’une voiture, les fortes chaleurs peuvent occasionner une certaine somnolence, au même titre qu’un froid intense engendre l’engourdissement. C’est pour vous rendre la route des vacances plus sûre et plus agréable que nous vous avons préparé dans ce numéro un dossier sur l’équipement adapté aux fortes chaleurs et que nous vous proposons notre carte des radars “motos” (ceux qui prennent par l’arrière) estivale. »


Rendez-vous le 28 août pour le prochain MOTO2. D’ici là…
BONNES VACANCES
Éric Maurice
