[Edito] MOTO2 225 – La Gladius et la Balance
février 25, 2009 7:06 Edito, Essais, SuzukiEDITO – MARS 2009
Le nom sonne bizarrement à nos oreilles, mais on finira par s’y faire. On se fait à tellement de choses… Gladius, un mot latin qui veut dire glaive, sorte de grosse épée. Il me fait immédiatement penser à la justice. Associé à la balance, le glaive constitue le symbole de la justice. Lui, représente la force, la menace de la sanction. Il rappelle que la justice n’est rien sans l’autorité qui permet de la faire appliquer. (lire la suite)
La balance, elle, exprime l’objectif de la justice, la conciliation des intérêts en conflit, ainsi que le travail du juge qui devra prendre la mesure de chaque argument pour parvenir à une décision équilibrée et impartiale. La balance en tant qu’objet a quasiment disparu de notre quotidien, sauf peut-être à la cuisine pour doser la farine. Aujourd’hui on en connaît surtout sa signification argotique pour désigner celui qui trahit, qui donne ses complices à la police. Le mot est resté plus usuel en anglais où il signifie équilibre, dosage. Nos confrères british, quand ils essayent une moto, vont parler de “good balance”, pour mettre en avant le bon équilibre d’une partie cycle. Malheureusement, ce sens du dosage et l’importance de la délibération avant le jugement, sont des notions que notre société moderne se complait à dédaigner pour tout ce qui concerne nos déplacements individuels.
On multiplie les procédures automatisées, personne ne se soucie plus de la confusion des pouvoirs entre police et justice, on se contrefout de l’identité d’un
contrevenant, le simple fait d’être propriétaire d’un véhicule pris en faute fait de vous un coupable. Dès lors qu’il s’agit de droit routier, les fondements même de la démocratie sont balayés, méprisés au nom d’on ne sait quelle sacro-sainte raison d’état. Imaginer que la tranquillité collective justifie le sacrifice des libertés individuelles est assimilable à l’intégrisme que nos chers penseurs et décideurs fustigent à toute occasion.
On punit le non-respect d’un dogme bien plus que le préjudice, souvent purement spéculatif, infligé à autrui. On nous brandit des statistiques, des rapports d’enquête pour justifier des décisions coercitives et des décrets pris sans la moindre concertation. Quand on gratte un peu, qu’on cherche, qu’on enquête pour savoir sur quels rapports et sur quelles expertises tout cela repose, on est déconcerté par la pauvreté des outils dont disposent les soit disants spécialistes pour prendre leur décision. Essayez de savoir la proportion de 125 et de gros cubes impliqués dans des accidents en milieu urbain, de connaître l’historique des conducteurs impliqués, l’ancienneté de leur permis, leur fichier sinistre, personne ne sait. L’influence des conditions climatiques, de l’état de la voirie, de la signalisation, sur la survenance d’accident, mystère total. On pourrait dresser une liste sans fin des insuffisances en la matière. Malgré cette ignorance de données pourtant essentielles, on continue dans la même logique, de multiplier les raisons de sanctionner, de verbaliser, quitte à donner à des à
autorités non compétentes le droit d’interrompre un déplacement en cours, de confisquer un véhicule jugé dangereux sur la foi d’une simple impression visuelle.
Le projet de procédure V.E. met un peu plus d’arbitraire dans un arsenal répressif qui devient insupportable. De grâce, déposez un temps le glaive et sortez
la balance du placard où vous l’avez rangée. En choisissant le nom Gladius pour leur dernière création, les marketeurs n’ont certainement pas pensé
à tout ça. Si je m’interroge encore sur le lien qu’il pourrait y avoir entre cette Suzuki plutôt consensuelle et un glaive justicier, je me félicite qu’elle ait respecté
la bonne balance, cet équilibre qui rend les motos faciles à vivre. Ceux qui nous commandent devraient en prendre de la graine…
Eric Maurice
MOTO2 225, en kiosque le vendredi 27 février 2009


