Privé de sa grande messe bi-annuelle, le petit monde de la moto s’est consolé avec un office plus modeste qui a délaissé la cathédrale de la Porte de Versailles pour une petite chapelle perdue au milieu du bois de Vincennes. A l’intérieur, pas de grandprêtre pour revigorer une foi chancelante, ni “d’enfantes de choeur” triées sur le volet pour tenter de magnifier un nouveau modèle que les photographes auraient pu rater.Le premier Festival de la Moto n’a pas l’envergure d’un événement international, c’est un beau salon régional sans plus. Mais il y règne une ambiance sympathique, presque enjouée, comme si tout le monde était heureux de se retrouver à l’aube d’une intersaison qui menace d’être rude.
L’équipe de Wilde Spirit Event, à l’initiative de cette manifestation, a visé juste. En cette année de crise, elle a imaginé qu’à défaut de Mondial, un salon étalé sur trois jours au lieu de dix, moins coûteux pour les exposants comme pour le public, pouvait trouver sa raison d’être. Cela, malgré l’absence quasi assurée de vraies nouveautés, celles-ci étant désormais promises au salon de Milan en novembre. L’affaire n’était donc pas gagnée d’avance et c’est avec un léger scepticisme qu’on s’est rendu au Parc floral de Vincennes. On en est ressorti avec le sourire.
Premier bon point, le prix d’entrée à 5 €. A l’intérieur, ce n’est ni le gigantisme ni le luxe auxquels la Porte de Versailles nous a habitués. Mais les stands sont bien garnis. Les gammes des principaux constructeurs sont là, au complet, et on trouve même des préparateurs ou
des équipementiers qui avaient déserté Paris, trop long, trop cher. Mais le meilleur, c’est l’ambiance. Relax, conviviale, avec sur les stands des gens disponibles qui semblent prendre plaisir à discuter avec les visiteurs.
Comme si le caractère plus humble de la manifestation |
leur permettait d’être plus naturels, moins guindés.
Pour les amateurs de courses de vitesse, l’espace Continental Circus est un véritable petit bonheur.
Seul regret, le fait qu’il faille de nouveau sortir 5 € de sa poche a probablement dissuadé pas mal de gens de franchir la porte alors que ça valait vraiment le coup de le faire. A l’intérieur, une sélection de très belles motos, dont certaines très rares, couvrant les années 60, 70 et 80 et de nombreux pilotes de ces années fastes de la vitesse en France : Sarron, Bertin, Baldé, Guignabodet, Alain Michel, Saul, Rigal, Plisson, Husson, Fau, Guilleux, plus les amis suisses Coulon et Freymond et deux stars illustres, Redman et Agostini. Dehors, sur la scène de la Joe Bar One, c’est Christophe Guyot qui fait grimper sa Gibson LP série spéciale 94 dans le rouge aux côtés du groupe Satisfaction. Chez Shark, ce sont De Puniet, Laconi et Cluzel qui discutent à bâtons rompus avec les visiteurs venus voir leurs idoles de près.
Samedi soir, alors que la nuit est tombée, les chanceux qui traînaient encore dans les parages ont pu approcher et discuter avec les pilotes du Continental, venus boire un verre au comptoir du Joe Bar Café. Vous imaginez, tailler le bout de gras avec Ago et Sarron autour d’un demi… Cette proximité assez rare a donné à ce “petit” salon de la moto le côté fête qui manquait si cruellement aux dernières éditions du Mondial parisien. Au lendemain de l’événement, il est difficile de dire si le Festival du parc floral a connu l’affluence espérée ou non. Mais ceux qui y sont venus, spectateurs comme exposants, ne l’ont apparemment pas regretté. Ce qui est certain, c’est que la moto a besoin d’occasions comme celle-là, où on puisse se retrouver dans une ambiance qui reflète ce qu’elle représente dans la vie, un plaisir et une ouverture vers les autres.Eric Maurice |