[Edito] Moto2 232 – La moto des jours heureux

12:48 Edito

EDITO MOTO2 232 – Novembre 2009

Ne cherchez pas de rapport entre ce titre et une vieille chanson de Gérard Lenormand, il n’ y a aucune nostalgie dans mon propos. Mais les nouveautés 2010 qui arrivent chaque jour portent en elles les indices d’une époque plus facile. En fait, c’est une autre chanson, pas plus récente, d’Yves Simon celle-là, qui décrit le mieux mon sentiment : « Dans la rue y’avait le tonnerre, le monde était en guerre, sur les ondes longues on passait Schubert ».Comme indifférentes à la situation, les motos se suivent dans un défilé décalé, un peu comme si les mannequins d’un grand couturier exposaient la mode de demain dans les favelas de Rio. J’exagère, je caricature, mais y a un peu de ça. Regardez ce qui se passe chez Harley-Davidson. Montré comme un exemple de réussite économique formidable pendant dix ans, une des marques les plus rentables du secteur moto, quelques mois de crise ont suffi à la forcer à supprimer plus de 2 000 emplois et à la contraindre de fermer Buell. Celle qui était sa division sportive mais aussi son laboratoire d’idées, s’est brutalement métamorphosée en danseuse encombrante. Cruelle réalité ! Honda présente une VFR 1200 qui est un vrai pari sur l’avenir avec ses solutions hi tech, la même année où sont décidés son retrait de la F1, son forfait pour tous les salons dans le monde hormis Tokyo, où il faut serrer les budgets des filiales, et stopper la production du site espagnol racheté à Montesa. Avant Honda, Yamaha et Suzuki ont mis en chômage technique leurs usines situées en Espagne, conséquence d’un marché intérieur en chute libre.À l’image de touristes qui rentrent des Seychelles ou de Tahiti, en bermuda et sandales, un petit matin d’hiver frileux à Roissy, les nouveautés qui se présentent pour 2010 semblent venir d’un autre temps. C’est que ça ne se décide pas en trois mois une nouvelle moto. Il faut déjà définir son objectif, bien analyser son univers de concurrence, recouper les attentes supposées de la clientèle qu’elle veut atteindre, puis passer à l’étude technique, constituer progressivement le puzzle. Il faut construire des protos, les mettre à l’essai, corriger leurs défauts, puis valider le tout, fabriquer l’outillage spécifique, bref il faut au minimum trois années entre la décision de lancer un nouveau modèle et sa présentation officielle. Entre temps il a pu se produire plein d’événements imprévisibles. La mode, le prix des carburants, la parité des monnaies, le contexte économique, tout est susceptible de changements.
Les nouveautés sur lesquelles reposent les espoirs des constructeurs pour demain s’accordent aussi bien avec notre époque qu’une tenue de soirée pour un barbecue à la campagne. Ça n’a d’ailleurs pas grande importance. Objet échappant au rationnel s’il en est, la moto ne répond à aucune logique. Quand le marasme économique plaiderait pour des achats raisonnables, plus rationnels, ce sont les modèles les plus luxueux qui s’en tirent le moins mal. Un paradoxe qui devrait inciter à la mise en chantier aujourd’hui de modèles ciblés « crise » pour 2012, annoncée comme l’année du retour de la croissance. Je ne tenterais pas le pari. En revanche,c’est peut-être le bon moment pour réfléchir au futur dela moto, à sa place dans la société et aux formes qu’elle pourrait prendre pour mieux coller au réel, sous peine d’être un jour prochain considérée comme le témoignage décadent d’une époque révolue.


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